Secret Défense

18 12 2008

secret défense

Philippe Haïm signe une transposition ratée des films d’espionnage hollywoodiens

Secret défense, variation française sur le thème de la lutte anti-terroriste, tombe à pic, au moment où la psychose collective renaît. Cependant, dès l’affiche plusieurs indices invitent à la circonspection. D’abord c’est Philippe Haïm, auteur de l’infâme adaptation des Dalton il y a quatre ans, qui est derrière la caméra. Ensuite le titre, d’une originalité folle –déjà utilisé par Jacques Rivette.
Et l’intrigue n’est pas faite pour nous rassurer. Philippe Haïm croise le destin de deux petites mains du combat que se mènent les terroristes et les services secrets. Du côté des gentils, Vahina Giocante joue Delphine, une étudiante en langues O, prostituée à ses heures perdues, recrutée à son insu par la DGSE pour séduire Abou Ghaddad, sorte de Ben Laden bling-bling. Du côté des méchants, Nicolas Duvauchelle incarne Pierre, petit dealer lillois, reconverti en bombe humaine après un bref séjour en prison et un détour par l’Afghanistan. Mouais.
De fait, Secret défense saute à pieds joints dans tous les pièges du film d’espionnage : manque total de vraisemblance, propos simpliste et roulements de mécaniques.
Scène liminaire du film : gros plan sur le visage strié de Gérard Lanvin qui débite un discours si peu crédible qu’il confine au grotesque : « l’agent [secret] n’est pas un être humain, c’est une arme ». On se demande aussitôt dans quoi on a mis les pieds. Dès lors, le spectateur incrédule assiste à une intrigue qui multiplie les lieux communs et les clichés.
Loupé
Pourtant, la promo du film a longuement insisté sur le recours à une armada de consultants garantissant l’authenticité du film. Et pourtant, impossible de se sentir réellement concerné. Les apparitions incongrues d’Antoine Sfeir ou de Malek Chebel, censée apporter une caution scientifique au film, sortent le spectateur de l’intrigue.
Les acteurs sont alors le dernier espoir pour donner au film le crédit qu’il manque au scénario. Loupé, l’interprétation est un naufrage : Gérard Lanvin, dans le rôle du grand manitou des services secrets français, cabotine tandis que Vahina Giocante et Pierre Duvauchelle n’ont visiblement pas les épaules assez larges. De son côté, Simon Abkarian, déjà habitué à incarner les ordures internationales depuis son passage dans la saga James Bond, parvient à sauver sa prestation.
Philippe Haïm essaie de rouler des mécaniques pour se mettre au niveau de ses modèles hollywoodiens, via une succession de plans courts, caméra à l’épaule. Bien tenté. Sauf que ça tombe à plat. Finalement, on doit faire le constat –douloureux- que le cinéma français vire au ridicule dès qu’il commence à montrer les muscles. Après les deux volets de la saga Mesrine, on en est au troisième ratage grandiose. En réalité, Secret défense tombe plutôt mal, quelques semaines après la sortie de Mensonges d’Etat. Le film français, quasi franchouille, supporte difficilement la comparaison avec son équivalent américain signé Ridley Scott.
Dans ces conditions, on attend avec impatience un dénouement qui ne vient pas. La chute, interminable, fait office de morale, déclamée sur un ton pesamment didactique. Résumé du propos : les islamistes sont méchants, il y a des musulmans gentils, il faut défendre la France. Merci pour le renseignement.
Finalement, on ressort du film avec l’impression d’avoir vu une campagne de recrutement pour l’armée de terre : même éloge à la testostérone du patriotisme et même discours univoque. La scène finale se clôt d’ailleurs sur un hommage rendu aux services secrets français qui auraient déjoué une quinzaine d’attentats depuis le 11 septembre 2001.

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