Top 1 du meilleur morceau de rap français

28 07 2009

vélo

Pour son grand jeu de l’été, le site l’Abcdrduson.com se propose d’établir la liste des 100 meilleurs morceaux de l’histoire du rap français. L’internaute est mis à contribution : chacun doit livrer son top 20 personnel. L’exercice est difficile, presque douloureux. Comment choisir entre deux morceaux qui méritent autant leur place ? Sans compter qu’un top 20 tout à fait honnête comprendrait pour moitié des morceaux d’Oxmo Puccino et pour l’autre moitié des morceaux de Lunatic/Booba. Il faudrait donc instaurer une politique de quotas. Mais avec des quotas, on se retrouve avec Rachida Dati pour Ministre de la Justice, alors je m’y refuse. Pour me faciliter la tâche, j’ai donc décidé de me borner à un Top 1, dans la mesure où un morceau se détache nettement du lot. Derrière, le peloton suit à bonne distance.

Numéro 1 : Iam, Demain c’est loin

Depuis les sorties de Revoir un printemps et surtout de Saison 5, il est devenu de bon ton de se moquer d’IAM. Au cours d’un dîner mondain, évitez à tout prix de révéler qu’il vous arrive d’écouter un disque d’IAM : vous passeriez immanquablement pour un beauf. Un esthète écoutera plus volontiers le dernier album de La Rumeur, ou mieux, le dernier Rocé. Il faut dire qu’IAM y met du sien. Les quatre vétérans s’éparpillent depuis quelques années sur des projets médiocres. Et le récent claquement de porte de Freeman ajoute à l’impression de délitement du groupe. Pourtant, les marseillais ont accouché de l’album le mieux produit de l’histoire de l’univers –si l’on considère que l’univers se limite au rap français, bien entendu. L’Ecole du micro d’argent est un disque impeccable, qui en plus a le mérite de résister aux assauts du temps. Une succession sans temps mort de coups de poing. Seul répit accordé à l’auditeur sur la deuxième version du disque, le balourd Independenza donne à l’auditeur groggy l’impression que la déferlante s’achève enfin. Mais non. C’était pour de faux. Tout à coup, une boucle ultra efficace tord les tripes : Demain c’est loin commence. « L’encre coule, le sang se répand. » Dehors, le monde n’existe plus.

S’ouvre un déversement ininterrompu d’images esquissées en quelques mots. Pas de refrain pour les refrés. D’une facture austère, quasi ascétique, le morceau n’est pollué par aucune fioriture. Seule une série de bruitage vient appuyer le propos. En cela, et en cela seulement, Demain c’est loin annonce le sinistre Coupe le cake, devenu le symbole de la décadence du groupe. Akhenaton et Shurik’n, tout à coup capables de marcher sur l’eau, mettent des mots simples sur une réalité brute : « Jolis noms d’arbres pour les bâtiments. » Et par une étrange alchimie, ces mots renferment une poésie inattendue. Prise séparément, chacune des images n’aurait sans doute pas un grand intérêt. Mais toutes ces parcelles d’existences éparses forment ensemble un puzzle, un édifice gigantesque qui surplombe l’ensemble. L’écriture photographique, en refusant tout effet de style superflu, se met entièrement au service du propos. Les deux MCs pressés courent après une réalité qui va plus vite que les mots, à telle enseigne que Shurik’n a besoin de dédoubler certains mots pour reprendre son élan. Et quand il arrive au bout de son effort, il passe le relais à Akhenaton. Sans qu’on s’en aperçoive. Pas de baisse de régime. Beaucoup ont tenté de rééditer l’exploit en reprenant à leur compte les ingrédients de Demain c’est loin. En vain. Même IAM s’y est cassé les dents avec le soporifique La fin de leur monde. Tout le rap tient dans ces 9 minutes d’ataraxie concentrée. « Je ne pense pas à demain parce que demain c’est loin. »

Quand le morceau m’est parvenu aux oreilles pour la première, j’avais les fesses posées sur une selle de vélo. Un copain m’a prêté son walkman Casio autoreverse, un petit bijou de technologie. A l’intérieur, la cassette de L’Ecole du micro d’argent (en réalité, sur la cassette figurait également un enregistrement de la Schtroumpf Party, mais il vaut mieux passer ce détail sous silence, pour l’histoire). Au moment où je posais les écouteurs sur mes oreilles, Shurik’n entamait sont couplet. Je ne comprenais rien à ces borborygmes débités à toute allure. Je ne comprenais rien, mais tout était clair. C’est comme si Dieu lui-même me murmurait au creux de l’oreille un commandement suprême : je devais aimer le rap. Comme quoi, Dieu fait aussi des trucs cools des fois. De fait, j’ai obéi au décret divin.

Nota bene : OK, j’en ai rajouté deux ou trois louches, mais c’est l’esprit.

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« IAM, c’est de l’antiquité »

11 04 2009

iam

IAM est toujours à contretemps. Le groupe affichait son unité –de façade- quand les autres représentants de la scène old school se séparaient. Et au moment où les autres vétérans se rabibochent, de NTM à la Cliqua, IAM éclate.

Le bruit courait depuis plusieurs mois. C’est désormais officiel : Freeman quitte le groupe avec perte et fracas : « le groupe IAM a été, selon moi, un gâchis monumental. On pouvait faire des choses extraordinaires, aller encore plus loin. Dommage que certain du groupe ou de son entourage, ne pensaient qu’au profit et à l’argent. Pour cette raison, je n’ai plus rien a voir avec IAM. » La charge est violente. Et affligeante. Freeman, danseur reconverti au MCing faute de débouchés dans sa discipline d’origine, n’a jamais vraiment convaincu au sein d’IAM. Ses prestations ont largement contribué à plomber Revoir un printemps. Sa diction incompréhensible et son flow rustre ne lui ont jamais permis de se mettre au niveau de ses deux partenaires, à l’exception peut-être de Un bon son brut pour les truands sur L’Ecole du micro d’argent.

Le départ de Freeman est finalement une bonne nouvelle pour tout le monde. L’ex-danseur n’est jamais parvenu à s’exprimer qu’en solo. Ses piètres performances avec IAM ne doivent pas faire oublier qu’il a sorti en 1998 un solo très réussi, L’Palais de justice, en collaboration avec K-Rhyme le Roi.

Les contradictions de Freeman donnent à son départ les allures d’une crise de jalousie. « Akhenaton a, depuis le début, été dans une démarche individualiste », prétend-il, avant d’afficher ses ambitions futures : « maintenant je veux penser à moi, et à moi seul […] J’en ai marre d’être toujours affilié a quelque chose, et j’ai souvent souffert d’un déficit énorme concernant l’image. » Quoi qu’il en soit, le split d’IAM révèle ce qu’on pressentait depuis un bon moment : le groupe n’est pas le havre de bonne humeur qu’il prétend être. L’ambiance au sein du groupe est un peu à l’image de Plus belle la vie, le soap de France 3 : jovialité toute marseillaise à l’extérieur, coups fourrés et rancœurs à l’intérieur.

On attend désormais la réaction du groupe. Les 5 rescapés devraient être le 7 mai prochain sur la scène du Festival « au fond du jardin du Michel ».

Lire l’interview complète sur le blog du magazine Orbeat.