Rap d’élite

25 11 2008

identite-en-crescendo
Rocé fait du rap d’intello. On le savait depuis son premier album plébiscité davantage par la critique que par le public; le titre et le visuel abscons de la pochette d’ Identité en crescendo laissaient présumer avant même la première écoute que Rocé avait décidé de persévérer dans cette voie exigeante et escarpée.

L’album de Rocé, parce qu’il est plus difficile d’accès que la moyenne des albums de rap, donne à l’auditeur l’impression égoïstes de faire paire d’un petit cercle de happy few qui multiplie encore le plaisir de l’écoute. La transgression des codes du rap place Identité en crescendo aux confins du rap et de l’expérimentation. Peu importe, le respect patelin des normes rapologiques ne semble pas être la première préoccupation de Rocé qui confesse : « appelle ça du rap, du slam, du punk, ça ne me regarde plus ». De fait, le MC n’a invité aucun confrère sur son solo, mais des musiciens venus d’horizons différents qui donnent au tout une couleur très jazzy. En dépit de ce mélange d’inspirations, l’unité thématique de l’album donne à l’ensemble une très grande cohérence.

Identité en crescendo, comme le suggère son titre, n’est pas un énième ressassement des difficultés quotidiennes, mais bien une interrogation sociale et presque métaphysique sur le thème de l’identité individuelle qui se construit contre la masse. Tantôt véhément, vitupérant contre un colonialisme nouvelle manière et toute forme d’embrigadement, tantôt introspectif, Rocé propose un discours très mûri qui tranche avec le discours habituel. Je chante la France ou Le métèque disent finalement à peu près la même chose qu’une grande partie de la production actuelle, mais dans un discours nuancé et complètement rénové donc forcément rafraîchissant.

Bien sûr, il se trouvera toujours des aigris pour reprocher au MC un flow prétendument trop sec et répétitif. Ce serait faire un mauvais procès à Rocé qui a su éviter l’écueil du premier album qui pouvait quelques fois lasser.
Au total, ce second solo n’est pas une confirmation mais une densification du talent de Rocé qui nous offre une œuvre originale et magistrale. Osons le dire : cet album est parfait.