Un album que l’on déteste détester

30 11 2008

Place 54

Voilà un album parfait mais qu’on n’arrive pas à aimer. La maîtrise musicale assurée par l’homme-orchestre 20syl frise la perfection. Chacune des prods, sans exception, est une réussite indubitable. Et pourtant aucun morceau ne retient vraiment l’attention et l’album ne décolle jamais (ou ne quitte jamais la gare pour reprendre la métaphore ferroviaire de l’album).
Ce paradoxe, qui plonge l’auditeur dans un abîme de perplexité et de frustration, tient peut-être précisément à la trop grande maîtrise musicale qui ne laisse rien au hasard. Les instrus glacées n’offrent par conséquent à l’auditeur aucune aspérité à laquelle il pourrait se raccrocher. Pire: on dirait du Vincent Delerm.
Cependant, il faut sans doute davantage attribuer la faiblesse de l’album à 20syl lui-même qui, en dépit de toutes ses qualités de producteurs sur lesquelles on n’insistera jamais assez, a conservé la même poésie adolescente, naïve et un peu superficielle. L’inanité affligeante de certains textes (Histoire d’une VHS) ne permet pas de se laisser complètement emporter par la musicalité pourtant perlée. De fait, les meilleurs couplets sont l’œuvre des invités d’Hocus Pocus sur l’album. Alors, on rangera Place 54 avec 73 touches qui souffrait des mêmes défauts, et on se précipitera à chacun de leurs concerts où le groupe s’épanouit complètement.