L’artisan du rap

30 11 2008

J'eclaire ma ville

Si l’on devait dessiner une géographie du rap en France, le terroir nord parisien, et particulièrement le XVIIIème arrondissement, apparaîtrait sur la carte comme le bastion d’un rap ascétique et sans fioritures privilégiant les qualités de plume au bavardage fanfaron. Avec J’éclaire ma ville, Flynt ne déroge pas à la tradition initiée en leur temps par les membres d’Assassin ou de la Scred Connexion.

Au terme d’une longue gestation passée à multiplier les apparitions sur compiles ou maxis, le MC de la capitale a enfin accouché, au printemps 2007, de son premier album, consécration d’un parcours sinueux mais déjà fécond. Si on ne craignait les poncifs rebattus depuis Corneille, on dirait qu’il s’agit, pour un coup d’essai, d’un coup de maître. Et pourtant, Flynt n’a ni la désinvolture ni la virtuosité qui caractérisent le génie. Au contraire, l’écriture et le flow méticuleux du MC parisien, qui s’impose l’abnégation que réclame son sacerdoce, font entendre les dizaines d’heures passées à ciseler son art de la rime. Défenseur intransigeant d’un hip hop à l’ancienne, Flynt confectionne ses rimes en véritable artisan quand il est plus courant à l’heure actuelle de multiplier les sorties à un rythme quasi industriel sans souci de perfection. Le MC parisien proclame son credo dans Retour aux fondamentaux, plaidoyer pour une résurrection des valeurs originelles d’un rap rêvé. Le grésillement oublié du vynil restitué sur Rien ne nous appartient  donne corps à cette profession de foi. Mais, sous les atours de la nostalgie, Flynt, venu au rap par l’écriture, est capable de s’amuser avec sa plume : Comme sur un playground, déjà sorti en maxi, est à cet égard un bel exercice de style.

Fidèle à son propre dogme, Flynt raconte sans plastronner ni sans romancer le quotidien désargenté de gens ordinaires : le système D, la discrimination à l’embauche, les errances nocturnes… Le tout avec une authenticité saisissante. Les deux derniers morceaux, Rien ne nous appartient et surtout Tourner la page sur une belle production de Drixxxé, offrent à l’album une conclusion en forme d’apothéose.

Flynt a su s’entourer d’une jolie cohorte de musiciens. Des producteurs, qui en dépit de leur nombre parviennent à garder à l’ensemble une cohérence sobre et soul, aux invités, dont le trop rare mais toujours efficace JP Mapaula. Dans la masse grise des sorties en 2007, J’éclaire ma ville a des allures de machine à remonter le temps…et le moral.