Luxure, calme et volupté

27 03 2009

booba 09

La route est longue de Boulogne à Rome. En revanche, celle qui mène du Capitole à la roche Tarpéienne est nettement plus courte. Ventes décevantes, critique perplexe, commentaires assassins sur internet : après le succès de Ouest Side, Booba semble avoir perdu de sa superbe. Et pourtant, on peut se poser la question : et si 0.9 était un bon album ?

Le suspense n’est pas long. Booba remporte l’adhésion dès la deuxième minute grâce à une phase lâchée sur un chœur funèbre : « une à une mes cases s’allument comme dans Billy Jean. » Le reste est à l’avenant, le MC promenant le même panache désenchanté sur les 14 pistes suivantes. Booba est en roue libre. Le manque d’effort apparent donne une impression de facilité déconcertante.

Chez l’autoproclamé duc de Boulogne, la nonchalance prend la forme d’un nihilisme goguenard qui embrasse sans distinction la religion (« je me lave le pénis à l’eau bénite »), les pauvres (« j’effleure le ciel, tu touches le RMI ») ou l’écologie (« j’roule en 4×4, rien à foutre de la pollution »). Néron noir, archétype du MC décadent, Booba se vautre sans honte dans la luxure. Pastichant César : « je suis venu tranquille, j’ai vu, j’ai vaincu. » La dépravation atteint un paroxysme sur le lubrique Pourvu qu’elles m’aiment, sorte de Baby nouvelle manière. Du reste, la comparaison des deux morceaux fait ressortir l’évolution de Booba depuis Panthéon. Tandis qu’il se contentait de séduire la première venue avec un filet-o-fish sur la banquette arrière d’une voiture, les critères de choix ont été revus nettement à la hausse et Booba vise désormais la catégorie CSP++.

Le MC au flow concassé n’abandonne la rouerie que sur l’ultime morceau pour lester son discours d’un ton inhabituellement militant: « je suis mort deux fois : une fois à Memphis, une fois à Harlem. » Comme toujours avec Booba, le message est ambigu. Et comme souvent avec Booba, ça fonctionne.

On a tout dit au sujet du météore. Qu’il était un sous 50 cent et qu’il était un deuxième Céline. De deux choses l’une : soit Booba est un immense génie, soit c’est un benêt surcoté. Soit rien de tout ça. En réalité, Booba fait du Booba. Pour ne pas déroger à la règle, le MC emprunte sur 0.9 le sillon creusé depuis Panthéon. Les mêmes thèmes y sont abordés dans le même désordre : glorification de l’argent, des demoiselles en petite tenue, et surtout de lui-même. A tel point que certains morceaux font doublon.

Ce manque de renouvellement explique probablement la déception d’une partie des auditeurs. Booba n’a visiblement pas eu l’ambition de révolutionner la musique. Au contraire, l’inspiration américaine est de plus en plus évidente, notamment sur Illégal, qui recycle le vocoder de Lil Wayne.

Annoncé comme un blockbuster, 0.9 a fait flop. Ou pschitt, c’est selon. Et pourtant, sa dernière production confirme la sidérante fécondité de Booba qui n’a jamais paru si libre qu’ici, capable d’articuler la crâne indolence à la noirceur refoulée.

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Sept & Lartizan, Le Jeu du pendu

22 03 2009

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C’est mathématique : des textes impeccables + un flow ultra technique + des productions soignées + une pochette classieuse = un excellent disque.

Jusqu’à Goscinny, le métier ingrat de scénariste n’était pas reconnu. Le dessinateur gardait pour lui toute la gloire et affichait son nom en grosse lettres sur la couverture de ses bandes dessinées. De son côté, le scénariste, prolétaire du 9ème art, devait se contenter d’une mention discrète. Les producteurs, à l’exception de rares têtes d’affiche, subissent aujourd’hui un sort comparable. Leur nom n’apparaît le plus souvent qu’en petits caractères dans des livrets que plus personne ne lit depuis que Napster a changé la face de l’industrie musicale.

Lartizan est un peu le Goscinny du rap. Producteur multicasquette (il dirige également le label Lzo), il a décidé d’inscrire son nom à égalité avec celui de Sept sur la pochette du Jeu du pendu. C’est que les deux lurons forment un binôme efficace et insécable. La musique conçue par l’un sert idéalement les textes de l’autre. Et inversement. Le tout débouchant sur l’un des rares très bons disques de rap français de l’année 2008. Pour les besoins de son premier album Amnésie, sorti en 2003, Sept avait convoqué une large palette de producteurs. Le tandem Sept-Lartizan permet cette fois de conserver une grande cohérence musicale par-delà l’éclectisme des instrus retenues.

Le MC préférant exercer son art en dilettante, il aura fallu attendre 5 ans pour retrouver la volubilité et la voix sépulcrale de Sept. « Pour le premier album, j’ai tout lâché, comme une éjaculation. Alors que pour ce coup là, c’était par petits jets », confie-t-il (1). On retrouve le même plaisir communicatif à jongler avec les mots en multipliant les allitérations et les assonances. Ca pourrait donner un exercice de style prétentieux et patapouf. Mais non, ça tient la route. Car Sept injecte suffisamment de sens dans ses textes pour soutenir la charpente. L’oxymore qui tient lieu de titre, Le Jeu du pendu, rend d’ailleurs compte du hiatus entre le badinage apparent et la gravité sous-jacente.

Si la magie opère, c’est aussi en partie grâce à la passion qui se dégage du disque et suinte à chaque rime. La maison Lzo a en effet réussi à réunir une belle coterie d’artistes passionnés, à commencer par Dreyf dont le street-album/mix-tape/album est disponible depuis hier. En attendant la sortie du Je vous aime de Taïpan. Pour le prochain rendez-vous avec Sept, l’attente devrait être plus longue.

(1) Interview à Bounce2dis.com





Réveille le punk

15 03 2009

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Par une étrange alchimie, le mariage du groupe de rock Zone libre et des rappeurs Casey et Hamé accouche d’un album punk.

Demandez à un bûcheron bien charpenté de vous asséner un coup de poing dans l’estomac. Le souffle coupé, les entrailles remuées, les yeux désorbités, vous aurez alors une idée assez précise de l’effet que provoque L’Angle mort. L’album commun de Casey, Hamé et du groupe Zone libre percute simultanément tous les sens avec une violence inouïe.

L’impact est d’autant plus puissant que les oreilles des amateurs de rap français sont peu habituées au mariage du rock et du rap. Tandis qu’aux Etats-Unis les collaborations entre groupes de rock et de rap paraissent naturelles depuis le fameux Walk this way de Run-DMC et Aerosmith en 1986, le rap s’est construit en France contre le rock. Pourtant, les deux musiques puisent à la même source, celle du blues, et colportent une colère identique. Bizarrerie française, qui tient à la fois de l’ignorance et de la schizophrénie.

Zone libre, Casey et Hamé s’aventurent donc sur un terrain inexploré, un angle mort à proprement parler. Leur association paraît tomber sous le sens, tous baignant dans le même jus âcre. « On partage dans notre musique et nos propos une espèce de rage. La rage est un bon moteur » confirme Serge Teyssot-Gay (1). De fait, l’alchimie opère dès les premières mesures des Mains noires.
Les cordes incandescentes et les riffs crépusculaires du duo Serge Teyssot-Gay – Marc Sens entrent en résonnance avec les textes sinistres de Casey et de Hamé. La musique, moins expérimentale que sur le précédent album de Zone Libre, Faites vibrer la chair, fait corps avec le flow des deux MCs. La plupart des titres fonctionnent comme un dialogue entre les voix et les guitares: aux cris de colère de Hamé et de Casey succède un déferlement noisy rock. Le martèlement de la batterie de Cyril Bilbeaud sonne comme un écho au fracas provoqué par la collision des voix et des guitares.

Galvanisée par les instrus fulminantes, Casey est à l’évidence plus à l’aise dans un exercice qui lui permet de déchaîner toute son énergie punk. A tel point qu’on en vient à se demander si Casey est encore une rappeuse. De fait, ses trois échappées solitaires, Purger ma peine, Une tête à la traîne, et La chanson du mort-vivant sont les meilleurs morceaux de l’album. Plus hésitant –voire scolaire, Hamé n’a pas pris la peine de modeler son flow horizontal sur la musique. Dommage. Cependant, le franc-tireur a encore aiguisé son écriture depuis Du Cœur à l’outrage et lâche avec Le mur et son couplet sur Les mains noires deux de ses plus beaux textes. En fait, le seul bémol de l’album vient de ses finitions parfois un peu bâclées – au moins ajoutent-elles à son charme glauque.

L’Angle mort est une telle réussite qu’on aimerait qu’elle fasse des émules. A quand un duo Sefyu – Jean-Louis Aubert ? Et Booba – Dick Rivers ?

(1) Interview aux Inrocks





Oxmo Puccino, 365 jours

8 03 2009

En attendant la sortie de son prochain album, prévue pour la fin du mois, Oxmo Puccino nous gratifie d’un très beau clip, sobre et classieux. Une nouvelle fois, le MC a confié la réalisation à Eliza Levy, à qui l’on doit déjà le clip des Jeunes du Hall. Et il a bien fait.
Dans son escapade solitaire à bord d’une décapotable intemporelle, Oxmo Puccino traverse toutes les saisons. Parti du printemps pour arriver à l’hiver, sans s’en rendre compte, il traverse en même temps tous les âges de la vie, offrant une bele illustration au morceau: « Né le matin, majeur a midi, vieux dès 20h. » Et le charme suranné du clip donne un nouveau relief à la chanson déjà très réussie.
Mais 365 jours ne suffit pas à lever toutes les inquiétudes que suscite la sortie prochaine de l’album: après le relatif raté du pourtant prometteur Lipopette Bar, on est en droit d’être méfiant.





Olivier Bernet, Persepolis

8 03 2009

persepolis

D’abord bande dessinée, puis film d’animation, Persepolis a aussi un versant musical. La bande originale du film, signée Olivier Bernet, révèle une nouvelle fois la richesse de la « galaxie persepolis » dont elle restitue toutes les nuances.

De la bande dessinée réalisée par Marjane Satrapi au film qui a échappé d’un souffle à la palme d’or à Cannes, Persepolis est devenu une œuvre multiforme dont les métamorphoses successives disent la fécondité. On connaît bien l’histoire initiale, autobiographie en noir et blanc d’une enfant qui passe à l’âge adulte entre la révolution iranienne, le quotidien d’un pays en guerre contre l’Irak, et les turbulences citadines de l’Europe.
Toute la force de la bande originale de Persepolis est qu’elle parvient à donner corps à l’histoire. Les mélodies ont un tel pouvoir d’évocation qu’elles font apparaître les images du long métrage aux yeux de l’auditeur. La musique, tour à tour grave et légère, énergique et suave, funeste et riante restitue toutes les nuances du film. Servies par une pluie de cordes, les mélodies oscillent en permanence entre la candeur de l’enfance et la tragédie du décor. Cette tension continue, qui constitue le charme de la bande dessinée et du film, se retrouve dans la musique. Et curieusement, par un mécanisme inconscient, les accords s’impriment sur l’esprit en noir et blanc, à l’image de la bande dessinée.
Les compositions échappent par ailleurs au piège du poncif : le grain oriental reste discret et évite de verser dans la ratatouille world. La reprise classieuse de The eye of the Tiger, emprunté à la bande originale du film Rocky, constitue le clou du disque. Le tout rend justice à l’œuvre originale et donne finalement l’envie de se replonger dans les quatre tomes de la bande dessinée et dans le film pour y retrouver la chaleur de la musique.





Secret Défense

18 12 2008

secret défense

Philippe Haïm signe une transposition ratée des films d’espionnage hollywoodiens

Secret défense, variation française sur le thème de la lutte anti-terroriste, tombe à pic, au moment où la psychose collective renaît. Cependant, dès l’affiche plusieurs indices invitent à la circonspection. D’abord c’est Philippe Haïm, auteur de l’infâme adaptation des Dalton il y a quatre ans, qui est derrière la caméra. Ensuite le titre, d’une originalité folle –déjà utilisé par Jacques Rivette.
Et l’intrigue n’est pas faite pour nous rassurer. Philippe Haïm croise le destin de deux petites mains du combat que se mènent les terroristes et les services secrets. Du côté des gentils, Vahina Giocante joue Delphine, une étudiante en langues O, prostituée à ses heures perdues, recrutée à son insu par la DGSE pour séduire Abou Ghaddad, sorte de Ben Laden bling-bling. Du côté des méchants, Nicolas Duvauchelle incarne Pierre, petit dealer lillois, reconverti en bombe humaine après un bref séjour en prison et un détour par l’Afghanistan. Mouais.
De fait, Secret défense saute à pieds joints dans tous les pièges du film d’espionnage : manque total de vraisemblance, propos simpliste et roulements de mécaniques.
Scène liminaire du film : gros plan sur le visage strié de Gérard Lanvin qui débite un discours si peu crédible qu’il confine au grotesque : « l’agent [secret] n’est pas un être humain, c’est une arme ». On se demande aussitôt dans quoi on a mis les pieds. Dès lors, le spectateur incrédule assiste à une intrigue qui multiplie les lieux communs et les clichés.
Loupé
Pourtant, la promo du film a longuement insisté sur le recours à une armada de consultants garantissant l’authenticité du film. Et pourtant, impossible de se sentir réellement concerné. Les apparitions incongrues d’Antoine Sfeir ou de Malek Chebel, censée apporter une caution scientifique au film, sortent le spectateur de l’intrigue.
Les acteurs sont alors le dernier espoir pour donner au film le crédit qu’il manque au scénario. Loupé, l’interprétation est un naufrage : Gérard Lanvin, dans le rôle du grand manitou des services secrets français, cabotine tandis que Vahina Giocante et Pierre Duvauchelle n’ont visiblement pas les épaules assez larges. De son côté, Simon Abkarian, déjà habitué à incarner les ordures internationales depuis son passage dans la saga James Bond, parvient à sauver sa prestation.
Philippe Haïm essaie de rouler des mécaniques pour se mettre au niveau de ses modèles hollywoodiens, via une succession de plans courts, caméra à l’épaule. Bien tenté. Sauf que ça tombe à plat. Finalement, on doit faire le constat –douloureux- que le cinéma français vire au ridicule dès qu’il commence à montrer les muscles. Après les deux volets de la saga Mesrine, on en est au troisième ratage grandiose. En réalité, Secret défense tombe plutôt mal, quelques semaines après la sortie de Mensonges d’Etat. Le film français, quasi franchouille, supporte difficilement la comparaison avec son équivalent américain signé Ridley Scott.
Dans ces conditions, on attend avec impatience un dénouement qui ne vient pas. La chute, interminable, fait office de morale, déclamée sur un ton pesamment didactique. Résumé du propos : les islamistes sont méchants, il y a des musulmans gentils, il faut défendre la France. Merci pour le renseignement.
Finalement, on ressort du film avec l’impression d’avoir vu une campagne de recrutement pour l’armée de terre : même éloge à la testostérone du patriotisme et même discours univoque. La scène finale se clôt d’ailleurs sur un hommage rendu aux services secrets français qui auraient déjoué une quinzaine d’attentats depuis le 11 septembre 2001.





Nessbeal, Rois sans couronne

6 12 2008

Rois sans couronne

Après avoir promené sa silhouette fantomatique sur des apparitions plus ou moins convaincantes, l’inattendu Nessbeal avait imposé avec La mélodie des briques, album saisissant par sa sincérité et son atmosphère lugubre, incontestable surprise de l’année 2006, un personnage sinistre et désespéré. Si Rois sans couronne ne bénéficie pas de l’effet de surprise du premier album, il conserve une puissance égale, une fois la déception de la première écoute surmontée.

En effet, l’oreille est d’abord perturbée par des tonalités incongrues dans l’univers sombre de Nessbeal. Première surprise et première déception, On aime ça, énième variation sur un thème éculé, constitue à la fois la caution radiophonique de l’album et sa principale faiblesse. De là à dire qu’il s’agit d’un lien de cause à effet, il n’y a qu’un pas que nous franchissons allègrement. De fait, après le relatif échec commercial de la Mélodie des briques, Rois sans couronne traduit l’hésitation de Nessbeal, partagé entre la volonté de courtiser un public plus large au risque de trahir sa personnalité originale, et son charisme funèbre qui faisait toute la qualité du premier opus. L’enthousiasme dissonant de Nessbeal, traître à lui-même, lui fait perdre en charme ce qu’il gagne en accessibilité. D’ailleurs, le roi,  privé de couronnement avec La mélodie des briques, assume partiellement  ce parti pris en avouant l’amertume qui a suivi l’échec commercial. Les morceaux racoleurs sont certes très minoritaires (On aime ça, Tu vois c’ que j’ veux dire, La vie des pauvres dans une certaine mesure), mais ils suffisent à rompre l’envoutement opéré sur le reste de l’album par le supplicié du Val-de-Marne. Le désir d’attirer à lui un public moins confidentiel se lit également dans les productions, habiles et percutantes, mais qui, à force de plastronner, ont tendance à s’user après plusieurs écoutes.

Rois sans couronne est donc un album indécis et hésitant, quasi schizophrène, où voisinent une allégresse factice et le spleen caractéristique de Nessbeal. Cependant, à condition d’expurger l’album des quelques intrus pour n’en retenir que l’essence, on obtient un disque d’une qualité égale, voire supérieure à La Mélodie des Briques. En effet, à y regarder de plus près, Nessbeal cultive avec ce nouvel aérolithe bombardé d’un autre monde les qualités qui avaient fait la puissance du précédent effort. Le chantre illettré désarme une nouvelle fois l’auditeur par sa sincérité pour mieux lui asséner une fois sa vigilance endormie des punchlines sinistres et discrètes. L’écriture spontanée mais soignée permet une nouvelle fois au MC de combiner les petits mots pour dire de grandes choses. Un certain nombre de titres, à l’instar de « Réalité française », accumulent cependant les raccourcis regrettables  mais dont le manichéisme a au moins le mérite de faire ressortir les antagonismes d’une société morcelée en identités repliées sur elles-mêmes.

On retrouve donc le même Nessbeal, aussi attachant qu’inquiétant, qui, par sa voix sépulcrale, semblable au murmure d’un trépassé échappé de son tombeau, par son allure de zombie au corps quasi décharné, et surtout par ses thématiques lugubres, aux confins du morbide, évoque l’imagerie des danses macabres du XVIème siècle, obsédé par la perspective de la mort : « Je danse un twist sur la tombe du hip hop ». De Rimes instinctives jusqu’au paradoxal Ca ira mieux demain, message d’espoir déclamé sur un ton incrédule et désabusé,  Rois sans couronne réserve de beaux moments de bravoure.

Membre du gotha du ghetto, Nessbeal porte une telle douleur qu’il donne l’impression de gravir à chaque rime son petit Golgotha : « chacun son chemin de croix ». Dans l’ensemble, sauf peut-être sur le morceau avec Dicidens, les featurings ne prennent pas, comme si Nessbeal ne pouvait libérer toute son énergie noire qu’en solitaire. Sans évoquer l’inaudible prestation de Wallen, l’association  improbable des deux plus grands écorchés du rap français, le Rat Luciano et Nessbeal, qui aurait pu déboucher sur un classique éternel, tombe à plat.

Loin des hits tire-larmes du moment, qui dosent le pathos à la louche (Lettre du front de Sefyu et Kenza Farah ou Dernière chance de Soprano et Léa Castel), ce petit classique en puissance se signale par son authenticité en dépit de quelques parasites et s’affirme comme l’un des candidats les plus sérieux  au titre de meilleur album de rap français de l’année 2008.