Histoire belge

30 11 2008

Hotel Impala

En 2004, MC Balo, le plus jeune des membres de Starflam, quasi-unique ambassadeur du rap belge, quitte le groupe qui l’a enfanté, en même temps que la musique avec le sentiment d’avoir épuisé son inspiration. L’année suivante, il récupère l’envie et son patronyme complet, Baloji, pour entamer une carrière solo libérée de l’emprise du groupe et livre en 2007 au public belge un album personnel, Hôtel Impala, qui surprend par la profondeur de son introspection et le mélange des influences musicales maîtrisées avec suffisamment de talent pour éviter la cacophonie. En dépit de la proximité géographique, il aura fallu attendre février 2008 pour profiter d’un album qui recèle d’incroyables qualités.

L’album se présente dès l’intro comme une « autobiophonie » et plus loin comme un « roman ». Le néologisme rend bien la structure de l’album construit comme une autobiographie dont chacun des morceaux constitue un chapitre cohérent à lui seul.
En effet, le récit à la fois rétro et introspectif constitue la charpente de l’album qui détaille les péripéties de l’exil à la fois intérieur et extérieur de son auteur. L’argument : Baloji, né au Congo et arrivé en Belgique avec son père à l’âge de quatre ans, reçoit en 2004 une lettre de sa mère maternelle qu’il n’a visiblement jamais connu. Cette brèche ouverte dans son passé lui renvoient brutalement ses origines à la figure et déclenche chez lui le besoin de les retrouver.
Dès lors, calqués sur le mode autobiographique, les 17 morceaux suivent un ordre quasi chronologique qui suit le cheminement de Baloji, « blanc aux cheveux crépus » qui le mène de lui à lui-même en passant par la Belgique, le Congo et Marvin Gaye.

L’artwork figure le puzzle de morceaux épars qui, mis ensemble, dessinent le visage de Baloji. De fait, l’album est pour son auteur la tentative de se retrouver entre les identités contraires que lui a légué son histoire imbriquée dans celles de la Belgique de son enfance et du Congo natal. Signe de ce conflit intérieur qui tenaille son auteur, le mélange des sonorités rap, soul et africaines.
Cet enchevêtrement inextricable d’influences multiples se lit jusque dans l’accent du MC qui oscille entre le congolais et l’américain. Même si on se réjouit de ne pas avoir à supporter un atroce accent belge, il faudra compter un bref temps d’adaptation à la voix particulière  du liégeois un peu abrupte à la première écoute. Au total, il y a bien du Marvin Gaye, la figure tutélaire de l’album, dans Baloji, mais aussi un je-ne-sais-quoi de Jacques Brel, un peu de slam et un rien des conteurs africains, le tout amalgamé dans un rap inventif.
Les influences convergent pour se fondre ensemble dans une musique propre à Baloji qui livre un « disque ovni » (Nakuenda).

Même les inévitables ratages de l’album (Le Reste du monde) passent inaperçus, et un morceau qui aurait paru un peu crétin dans la bouche d’un autre revêt ici une saveur particulière, porté par la scansion agile de Baloji (Un dernier pour la route).
La multiplication des refrains balourds chantés par des voix lascives engourdit par moments l’oreille de l’auditeur et appesantit un album qui séduit par ailleurs pour la légèreté de ses sonorités.

La quête de soi trouve un écho amplifié dans l’actualité de la Belgique également travaillée par une crise identitaire. Baloji joue d’ailleurs par moments des analogies entre l’autoanalyse et la géopolitique, notamment dans l’itinérant Liège-Bruxelles-Gand qui offre dans son dernier tiers un rythme ultra syncopé où se déploie pleinement la technique du MC :
« Dès qu’on apprend une langue étrangère, on parle tous petit nègre. Chaque commune a son dialecte, sa façon de prononcer les lettres. Aux infos, ils mettent des sous-titres pour comprendre les gens de Tielt, de Kappellen ou de Hasset, en flamand dans le texte, perdu dans la traduction. […] [Ils] ont bâti sur des cendres la République de Flandre ».

Finalement, tout le talent du MC tient dans sa capacité à entraîner avec lui l’auditeur dans un récit pourtant très autobiographique auquel on aurait pu se sentir parfaitement étranger sans la chaleur de Baloji. Il parvient avec succès à nous accueillir chez lui en nous mettant vite à l’aise. On attend le « volume 2 » promis dans Liège-Bruxelles-Gand en misant sur la capacité du Mc à se renouveler passé l’effet de surprise qui joue à plein ici. Le potentiel commercial d’un album très dans l’air du temps mâtiné de Corneille et d’Abd Al Malik pourrait assurer à l’album une jolie carrière par-delà Quiévrain.

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